La Nature, les environnements… et nous au milieu !
Mais pourquoi donc tout ce ramdam partout autour de la nature et du climat ?
N’est-il pas trop tard ? Certains disent comme les auteurs Pierre Rabhi et Jean-Marc Jancovici que ce n’est plus le temps de l’information, mais impérativement celui de l’action. Qu’en plus l’information n’enclenche pas le passage à l’acte. Pourquoi continuent-ils alors de publier des livres ? Il faut les lire pour comprendre. Heureusement c’est facile, passionnant, émouvant !
Pourquoi dans le centre de prêt de la Médiathèque à Liège, des mises en valeur de médias sur les problématiques liées à l’environnement ? Et pourquoi avons-nous tenté le 17 septembre dernier de consacrer un rendez-vous avec nos membres sur le sujet ? Quels sont les liens, même s’il a été difficile de les démontrer, entre notre amour de la nature, les différentes réalités liées à la notion même d’environnement, les activités des musiciens de terrain invités comme Eric La Casa et Cédric Peyronnet et celle toute différente du jeune photographe naturaliste liégeois Renaud Pétry ?
Parce que la question est de plus en plus vitale et globale. Elle nous concerne tous sur Terre et se réfère quasi à tous nos faits et gestes. Parce que l’étau se resserre autour de notre civilisation carbone devenue inadéquate avec la réalité physique de l’environnement. Parce qu’il en va de la survie de notre espèce qui menace toutes les autres et que l’accès à un juste développement durable des populations laissées pour compte est remis en cause par notre comportement boulimique. Et que très vite, pour éviter le crash, nous allons devoir apprendre à vivre autrement, plus sobrement.
C’est un fabuleux défi qui ne peut pas être retardé. Comment sortir du pétrole et du gaz sans replonger dans le charbon – 33% de l’électricité européenne est encore produite avec du charbon ? Et comment jouir de notre planète sans la dévorer, comment se reconnecter aux merveilles de la nature, pour changer de bien-être… ? Comment éviter les pièges du green washing généralisé, tendus par le néolibéralisme ?
Alors tous les lieux publics devraient inclure ce rôle dans leurs missions spécifiques : informer bien sûr, mais aussi pousser à l’action et démontrer que de nouvelles voies et pratiques sont possibles. Les questions et réponses sur le respect de l’environnement doivent être partout en première ligne. Nos documentaires doivent faire partie des programmes scolaires ! Tout comme l’école doit inclure des auteurs comme Eric Toussaint, Jean Ziegler, Hervé Kempf, Sylvestre Huet, Serge Latouche, Nicolas Hulot, Aurélien Bernier, Pascal Acot, Jean Jouzel, Hervé Le Treut, Marco Van Hees, Pierre Rabhi, Jean-Marc Jancovici… pour ne citer que quelques francophones qui décrivent notre environnement, proposent des solutions et au sujet desquels il faut débattre.
Les politiques sont trop timides en la matière de peur d’être impopulaires. Elles ne font que dans le court terme redoutant de perdre des électeurs. Elles ménagent évidemment la chèvre et le chou. Elles entretiennent notre « toxicomanie carbone » sans remettre en cause ni le rôle de l’industrie, ni nos comportements de consommateurs fébriles. Le sevrage sera d’autant plus dur que la cure sera tardive. Il y a déjà 4 ans (2006) que le rapport de l’économiste Nicholas Stern demandé par le gouvernement britannique a alerté le monde en comparant les coûts (fortement sous évalués selon certains auteurs) de l’inaction à ceux de l’action face au dérèglement climatique. 1% du PIB mondial (275 milliards d’euro sur 10 ans au pro rata de l’activité économique de chaque pays) suffirait pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. C’est l’équivalent du budget mondial de la publicité, mais comparé aux dépenses annuelles militaires du monde, ce n’est rien du tout -1100 milliards d’euros en 2009, soit une augmentation de 49% depuis l’an 2000 selon le SIPRI (Stockolm International Peace Research Institute) – et le rapport Stern de conclure que l’inaction économique face au climat coûterait jusqu’à 20 fois plus cher que l’action… Même les patrons de Total et BP (qu’il est difficile de taxer d’écologistes) ont dit publiquement que les Etats prendraient leurs responsabilités correctement quand ils décideraient de modérer la consommation des hydrocarbures en augmentant les prix par le biais de la fiscalité.
Mieux informés sur ce qui nous attend nous devrions revendiquer des politiques beaucoup plus efficaces et déterminées. Car seules des décisions sociétales, des lois et des incitations plus fortes enclencheront le changement. « Donnez-nous intérêt à changer ». Au-delà même du principe pollueur-payeur, car il existe de nombreux domaines liés à l’environnement où les dégâts sont irréversibles et donc inestimables.
Comment aborder en films, en documentaires et en musiques la notion d’environnement ?
Rien de plus facile : nous avons des centaines de médias récents qui abordent ces questions sans détours, nous avons des catalogues gratuits et en ligne qui en facilitent l’accès.
Ces nouveaux documentaires sont passionnants même s’ils exigent que nous regardions la réalité en face, droit dans les yeux.
Ensuite, peux-on penser « environnement » sous un autre angle ?
Créatif, artistique, musical ?
Evidemment car la nature avant d’être une source d’inquiétude est le lieu par excellence de l’épanouissement, du ressourcement et de la connaissance.
Cette tentative de sensibilisation à la thématique élargie de l’environnement permet donc plusieurs portes d’entrée :
- Le film de cinéma réaliste qui émerveille, alarme ou marque les esprits ;
- Les scénarios de science fiction qui ne proposent pas toujours les réponses les plus stupides, ou qui imaginent l’impensable… ;
- Les documentaires qui nous expliquent les mécanismes ou qui nous ouvrent les yeux sur des réalités scandaleuses ;
Mais aussi et c’est l’originalité de notre façon de présenter les choses :
- Des collections musicales qui illustrent de différentes façons l’environnement :
- Le Field Recording, ces fascinantes prises de sons qui racontent la diversité du monde avec des micros ;
- Les compositeurs « classiques » et contemporains inspirés par la nature ;
- La chanson française concernée par ces thématiques : appel aux propositions de nos membres car cette rubrique est cruellement sous représentée ! envoyez vos titres à pierrecharles.offergeld@lamediatheque.be
- Des DVD sur le land art et bien d’autres façons de se reconnecter à notre planète vivante.
Une exposition en nos murs d’incroyables photographies d’oiseaux et d’insectes ailés prises et commentées par le jeune photographe liégeois Renaud Pétry. Un travail d’une rare précision qui a exigé des heures et des heures de guet dans la nature.
Et prochainement le retour sur la résidence d’Eric La Casa et Cédric Peyronnet à Liège du 15 au 18 septembre dernier, nos deux musiciens du réel invités à composer une cartographie sonore du Port Autonome et de la Meuse à Liège et qui annoncent déjà la réalisation prochaine d’un CD sur base des sons récoltés.
Nos motivations:
1. L’environnement c’est le CONTEXTE IMMEDIAT, c’est l’ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles (sociologiques) susceptibles d’agir sur les organismes vivants et sur les activités humaines. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le Petit Robert en 1978. Il dit aussi ceci : « l’écologie – du grec oikos (maison, habitat) et –logie (étude) – est l’étude des milieux où vivent et se reproduisent les êtres vivants ainsi que des rapports de ces êtres avec le milieu »
2. Parmi les missions de la Médiathèque, en plus de l’offre et la diffusion vers tous les publics, de collections rassemblant des supports d’INFORMATION (y compris musicales, culturelles, artistiques…), il y a cette fameuse mission de MEDIATION, c’est-à-dire le fait de servir d’INTERMEDIAIRE. Par des mises en valeur et autres animations, nous sommes motivés par le fait de créer des liens entre les collections et les publics, entre les différents publics et nous-mêmes, les médiathécaires.
3. L’environnement, ce « contexte immédiat » où se déroulent les choses, le milieu de vie de tous, y compris des autres espèces, sans aucune frontière avec le milieu lointain des autres, est ce qui rend tout le reste possible, relié et interdépendant. La vie, toute la biodiversité, est un enchaînement d’interactions. Sans environnement physique, pas de relations viables et durables entre les êtres, pas d’événement, pas même de faits et gestes les plus quotidiens. Sans l’appréhension et le respect du milieu de vie et des différences culturelles (de ma rue à la planète, de mon lieu de travail au village de brousse, de la place publique aux confins de l’océan ou de l’atmosphère si mince…), comment espérer éviter une dégradation fatale des relations entre les gens, entre les sociétés et les espèces ? L’environnement permet ma relation à l’autre et cet équilibre en évolution.
Lorsqu’un environnement est dégradé, pillé, détruit ou même nié, par ignorance ou par prédation volontaire, il y a toujours un déséquilibre qui entraîne souffrance, injustice et tôt ou tard une réaction contre l’agresseur. Réactions des peuples colonisés dépossédés de tout, haine de l’Occident expliquée par Jean Ziegler. Expropriations des terres palestiniennes, réactions violentes inévitables. Déforestations insensées entraînant génocides et déséquilibres biologiques qui ne passeront pas sans retours de manivelles. Surpêche accentuant les problèmes de ressources alimentaires. Sans parler du carbone rejeté dans l’atmosphère qui va nous cuire à petit feu, déclencher des migrations brutales et d’innombrables problèmes d’adaptation des hommes et des autres espèces… La notion d’environnement recouvre autant l’organisation d’un lieu de travail dans de bonnes conditions, que l’organisation de la circulation au sein d’une ville qui peut agir sur le stress des citoyens, que les politiques de l’accès à l’eau, au logement, à l’emploi et aux soins de santé qui déterminent la cohérence d’une population… Mais sans notre participation volontaire, il n’y a pas d’organisation qui puisse durer.
Inutile d’insister, l’environnement est ce qui tient les choses en équilibre ou non. Nier l’importance des problèmes d’environnement revient un peu à vouloir établir une communication verbale avec son voisin sans se demander s’il y a encore de l’air entre nous pour porter la voix.
Même si le sujet peut paraître sérieux, barbant, décourageant, anxiogène, non « festif », pour utiliser une expression chère au milieu socio-cu., et que l’on peut, un certain temps comme la cigale de la fable, continuer de vivre sans s’en préoccuper, on verra, non d’une vache-qui-rit, que bientôt l’environnement s’occupera de nous et que quand tous les paysans auront disparu, on aura même plus un produit Nestlé à gerber sur le gazon quasi synthétique du voisin…que l’on aime ou non la campagne !
Pas d’accord ! En dépit des problèmes que nous lui causons, la nature est source permanente de joie, de vie, de drôlerie, de regain d’énergie et d’autres émotions fines ou fortes. Incroyable source de beauté et d’étonnement pour qui sait l’observer. Le bien que cela fait d’aller se promener dans les alentours ou plus loin, au milieu des arbres, dans les prés, sur les crêtes et dans les ruisseaux. Traverser les campagnes à vélo, déambuler sur les berges de la Meuse, écouter les torrents de montagne, nager dans les piscines naturelles, se coucher dans l’herbe, écouter le chant des insectes, ressentir le soleil sur sa peau, se familiariser avec le rouge-gorge de son jardin, dévisager les fleurs des Alpes, communiquer avec les ânes du quartier, distinguer le martinet de l’hirondelle, voir que la famille des chauve souris s’est agrandie… Nous avons tous nos « histoires naturelles ». Marcher à n’en plus finir à l’air libre, regarder le fleuve se transporter, voir le ciel autrement, communiquer avec son chat, cueillir des mures dans les talus, écouter l’orage nous faire peur… La nature nous ne pourrons pas nous en passer, sur aucun plan : physique, psychologique, imaginaire, énergétique, alimentaire… Alors…
Revenons à nos moutons, à nos champs de moutons et à nos bergers du Sud qui en perdent le Nord.
Toutes les alarmes sonnent en même temps : changement climatique, désertification et stress hydrique en augmentation, pollutions des sols, des fleuves et des océans, crise de l’agriculture, plus d’1 milliard de personnes souffrant de la faim, extrême pauvreté grandissante face à l’enrichissement des classes dominantes, surexploitation et diminution des ressources naturelles et des énergies fossiles, spéculation récurrente y compris sur les denrées alimentaires, brevetage du vivant, problèmes liés aux plantes génétiquement modifiées, perte ultra rapide de la biodiversité, déforestation galopante, destruction des sols, étalement urbain, problématique des transports, surpopulation, qualité de vie, pertes d’emploi dans un environnement urbain toujours plus consumériste…
Toutes ces crises sont reliées entre elles par un système socio-économique mondialisé fondé sur la prédation, l’exploitation, le culte du profit à court terme, l’individualisme contre la solidarité collective et qui ne tient pas compte de la réalité matérielle de notre planète et de ses équilibres vitaux. Nous ne pouvons que nous réveiller : la croissance économique illimitée sur une planète limitée est une illusion : la sobriété des pays du Nord et l’écologie responsable sont incontournables pour permettre le développement des pays du Sud afin d’entretenir de meilleures relations et de faire face ensemble aux défis posés par cette dégradation de l’environnement et de notre milieu de vie commun, la Terre.
L’information est une étape, c’est une sensibilisation qui doit nous mener à l’action réfléchie. L’éducation à ces matières doit être présente partout.
« Agir, revoir ses habitudes, modifier son comportement de consommateur, vivre en citoyen responsable.
« Agir, mettre en œuvre de nouvelles technologies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
« Agir, inciter les Etats à prendre des mesures structurelles pour limiter les impacts et préserver les biens vitaux que sont l’air, l’eau et les sols. »
Ce sont les mots de l’indispensable Expo SOS Planet très bien réalisée dans notre somptueuse nouvelle gare des Guillemins (33.000m2 de toiture sans panneau photovoltaïque : dommage, c’eut été une première mondiale…) Il faut aller voir cette expo, même si on peut s’étonner de la présence de certains sponsors. Que penser de la firme Total à la fois au bas de l’affiche et très active aux côtés de Shell, Chevron … dans l’exploitation irresponsable du pétrole dans le delta du fleuve Niger au Nigéria ?
Voici les mots explicites de Francis Perrin d’Amnesty International :
« Depuis le début de l’exploitation pétrolière de la région, il y a une cinquantaine d’années, c’est comme si un Exxon Valdes y déversait le contenu de ses cales chaque année. » Et le journal l’Express de poursuivre : « C’était une catastrophe en Alaska (50.000 tonnes de pétrole déversées dans la mer le 24 mars 1989). Là, 31 millions de personnes en subissent les conséquences directes. » D’après les Nations Unies, plus de 6800 fuites entre 1976 et 2001 dans le réseau mal entretenu des pipe-lines. « Parce que non seulement les habitants ne bénéficient-ils guère de la manne pétrolière – quelque 600 milliards de dollars dégagés depuis les années 1960 – mais ils doivent cultiver des terres polluées, boire de l’eau contaminée, y pêcher et se laver avec, ou encore respirer un air affecté par les torchères de gaz.
» « Comment affronter la crise climatique ?
Provoquée par l’homme, cette crise dépasse l’échelle humaine. Elle génère un sentiment d’impuissance qui est source d’inaction. Alors que faire ? Essayer d’avancer pas à pas, si possible avec d’autres, en groupes. Et – surtout – essayer de se reconnecter au vivant, à la nature qui constitue une incroyable source d’énergie. » André Ruwet (éditeur responsable de la revue liégeoise Imagine demain le monde.
Les présentoirs de médias Archipel Nature et Sos Planet, mis à la disposition des membres de La Médiathèque, Place Cathédrale à Liège, sont accessibles jusque fin 2010, année de la biodiversité. Ensuite les médias présentés regagnent leurs collections respectives. Beaucoup proviennent de la Collection centrale à Bruxelles et ne bénéficient que d’une visibilité momentanée.
Avant d’aborder prochainement ces « musiques environnementales », voici quelques liens utiles parmi d’autres :
http://www.manicore.com/ site de Jean-Marc Jancovici sur le climat.
http://sciences.blogs.liberation.fr/ site alimenté par Sylvestre Huet journaliste des sciences à Libération et auteur du splendide « L’imposteur, c’est lui. Réponse à Claude Allègre. Stock 2010.
http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.htm : ce portail est destiné à faciliter l’accès aux documents du GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat).
http://www.greenpeace.org/france/campagnes/forets www.imagine-magazine.com
